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Situation sécuritaire : « Nous nous considérons déjà comme morts au Sahel », décrit un leader politique membre du CFOP

Au lendemain de la visite du Premier ministre à son siège, à Ouagadougou, l’opposition politique, réunie au sein du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF), a animé son hebdomadaire point de presse ce mardi, 2 avril 2019. Actualité oblige, Jean-Hubert Bazié, président de l’ESPOIR, et Adama Séré, président du RDEBF, conférenciers de la semaine, se sont appesantis sur les affrontements meurtriers à Zoaga dans le Centre-Est et à Arbinda dans le Sahel, ainsi que sur la grève annoncée du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA).

« C’est avec une profonde désolation que nous avons appris la mort de huit personnes suivie de quatre blessés, et des incendies de domiciles suite à un nouvel affrontement intervenu dans la commune de Zoaga, province du Boulgou, dans la nuit du 31 mars au 1er avril derniers. 
Selon le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, ‘‘un groupe d’hommes armés venus des villages frontaliers du Burkina et du Ghana a perpétré une attaque contre le domicile du chef coutumier de Zoaga’’. Cette attaque, selon toujours le ministère, serait un rebondissement de la crise qui secoue depuis un certain temps la chefferie coutumière de la localité. Nous apprécions à sa juste valeur la réaction des forces de l’ordre face à cette tuerie, mais nous ne pouvons pas ne pas constater que c’est le médecin après la mort, et que nos responsables gouvernementaux auraient pu mieux faire parce que les signes avant-coureurs étaient nettement visibles, relayés par une presse à la hauteur. Le 25 janvier 2019, un affrontement entre les deux camps rivaux avait fait déjà quatre morts et de nombreux blessés. Les autorités auraient été appelées à agir, en vain. Pire, les coupables des anciennes tueries n’auraient pas été inquiétés », situent les conférenciers dans la déclaration liminaire. L’opposition estime que le gouvernement burkinabè est coupable de passivité, si l’on considère que, malgré les alertes rouges successives, des dispositions n’ont pas été prises pour éviter cette situation.

« Il est incompréhensible et inadmissible que, dans une République, des citoyens massacrent d’autres citoyens sans que la justice ne lève le petit doigt. Le gouvernement doit plus qu’un communiqué à notre peuple. Il doit des explications à ce peuple déjà meurtri par des massacres et des tueries antérieures récurrentes ! Il le faut, si nous ne voulons pas que nos concitoyens perdent définitivement espoir, à l’image de ce ressortissant de Zoaga qui prévenait sur Lefaso.net : ‘‘Nous n’avons aucun espoir encore, les autorités ont carrément démissionné de cette crise, elles attendent qu’un camp s’arme contre un autre et c’est ce qui est en train de se préparer. Nous sommes vraiment très préoccupés par ce qui se passe’’ », soutient le CFOP-BF.

« Concomitamment à Zoaga, il y a eu Arbinda (le 1er avril, ndlr), avec son lot de morts, de massacres et de réactions toujours en cours, avec pour origine le terrorisme combiné aux violences inter-communautaires mettant à rude épreuve la cohésion sociale », ont poursuivi les conférenciers. L’opposition a souhaité que le gouvernement soit réactif par l’anticipation. « Même là où on n’a pas pu anticiper, il fallait quand même donner l’exemple en sanctionnant les fautifs pour que ça serve de leçon », suggèrent-ils.

Présent à la conférence de presse, un des leaders politiques (membre du CFOP-BF) est intervenu pour décrire le degré de dégradation de la situation dans le Sahel dont il est ressortissant. Selon son récit, dans cette partie du pays, il y a pratiquement au quotidien, des drames. Les gens ne communiquent pratiquement plus, même au sein d’une même famille, la communication est très limitée, témoigne-t-il. Pour lui, la situation mérite une recherche collective de stratégies.

C’est pourquoi il pense que la préoccupation de l’heure doit être celle de chercher à sauver les vies. « Pour qu’il y ait élection, il faut qu’il y ait vie. La question aujourd’hui est de savoir s’il y aura vie. Que les représentants de l’administration à la base fassent remonter les vraies informations. Protégeons les vies maintenant, et non les élections. (…). Nous nous considérons déjà comme morts au Sahel », lâche-t-il.

Les conférenciers ont, en outre, porté la réflexion sur la grève annoncée (17 au 19 avril 2019) du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA). Sur ce point, l’opposition invite le gouvernement à entamer, sans délai, des négociations pour la levée de ce mot d’ordre. « Ces négociations sont nécessaires pour éviter que la tension entre les deux parties aboutisse à une dégradation malheureuse des conditions sanitaires des patients », jaugent les conférenciers.

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