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Jean Nouvel et la Philharmonie, du chantier chaotique au bras de fer judiciaire

Du choix de l’architecte à la plainte pour « favoritisme » déposée mi-octobre par les Ateliers Jean Nouvel, voici les principales étapes de l’histoire de la Philharmonie, au coeur d’un bras de fer financier et judiciaire.

2006-2009 : la genèse d’un projet ambitieux et sous-évalué

-6 mars 2006: le projet d’un auditorium sur le site de La Villette est officiellement lancé par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres et le maire de Paris Bertrand Delanoë. Son coût total est à l’époque évalué à 173 millions d’euros.

-17 novembre 2006: lancement du concours international d’architecte. Parmi les 98 équipes ayant soumis leur candidature, six sont sélectionnées. L’ouverture de la salle de 2.400 places est alors prévue pour 2012.

-5 avril 2007: les Ateliers Jean Nouvel remportent le concours. Le coût du bâtiment est alors estimé à 200 millions d’euros, financés à égalité par l’Etat (45%) et la Ville (45%), la Région Ile-de-France devant apporter les 10% restants.

2009-2015: le chantier, ses retards et la dérive des coûts

– septembre 2009: début des travaux, confiés au groupe Bouygues. L’entreprise avait à l’origine été mise en concurrence avec le groupe Vinci, mais les deux offres, supérieures à 300 millions d’euros, avaient été refusées. Bouygues a finalement présenté un budget de 218 millions d’euros.

– février 2010: en raison de divergences sur le financement de la part revenant à l’État, les travaux sont stoppés. Ils ne reprendront qu’en février 2011.

-13 novembre 2012: la mairie de Paris et le ministère de la Culture demandent à la Philharmonie de revoir à la baisse ses demandes financières. Le Sénat, dans un rapport, s’était inquiété auparavant d’une « dérive des coûts et du calendrier ».

– septembre 2013: les relations entre Ateliers Jean Nouvel et l’établissement public national de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris, maître d’ouvrage, se sont fortement dégradées: le cabinet d’architecte, maître d’oeuvre, est écarté de la poursuite des travaux.

-14 janvier 2015: la Philharmonie, dont le coût est finalement évalué à 386 millions d’euros, est inaugurée par François Hollande. La cérémonie, organisée alors qu’il reste encore un an de travaux, se déroule sans Jean Nouvel, qui a choisi de boycotter l’événement en dénonçant une ouverture « prématurée ».

2015-2019: plusieurs fronts judiciaires

-18 février 2015: Jean Nouvel assigne la Philharmonie devant la justice pour l’obliger à des « travaux modificatifs ». L’architecte, qui souhaite un retour à son « dessin initial », liste « vingt-six non conformités » avec le projet initial.

-16 avril 2015: le tribunal de Paris déboute l’architecte, en estimant que ce dernier n’avait pas fourni assez d’éléments sur l’absence de conformité avec le projet originel. Jean Nouvel dénoncera quelques semaines plus tard un « sabotage ».

-17 février 2017: les Ateliers Jean Nouvel réclament près de 21 millions d’euros d’honoraires complémentaires en raison de l’augmentation du coût des travaux. Cette demande est rejetée par la Philharmonie.

-8 septembre 2017: la Philharmonie émet un « titre exécutoire » réclamant 170 millions d’euros aux Ateliers Jean Nouvel, dont 110 millions de pénalités pour retard de visas. L’architecte s’y oppose et introduit un recours devant le tribunal administratif de Paris.

-14 octobre 2019: les Ateliers Jean Nouvel portent plainte contre la Philharmonie pour « concussion » — c’est-à-dire la perception par un agent publique de sommes qu’il sait être indues — mais aussi pour « favoritisme », « faux et usage de faux » et « recel de détournement de fonds publics ».


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