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Le quotidien des prisonnières avec leurs bébés

Par AFP - 14/11/2018

Petit détour du côté de la Maco, la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou où les mères vivent dans des conditions pas très « glamour » avec leurs nourrissons.

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“La prison ma maison, nul n’est à l’abri de l‘écrou”, tel est le message qui accueille tout visiteur à l’entrée de la Maco, principale prison de la capitale burkinabè. Et les conditions de vie en ces lieux n’a rien d’enviable, à l’instar de la majeure partie des prisons du continent africain.

A la Maco, la section des femmes n‘échappe pas à cette réalité. Pas moins de 13 nourrissions et enfants en bas âge vivent en ces lieux, condamnés à côtoyer (dans une “surpopulation carcérale”) des détenues dont certaines détiennent des palmarès à vous glacer le sang : elles y sont pour “meurtres, vol, excision”, affirme Ruth Jenssien, une des gardiennes de la prison.
“Quand elles (les détenues) n’ont pas quelqu’un à qui les remettre, les enfants sont obligés de rester. Bien sûr que c’est un problème pour nous”, s’inquiète Ruth.

La naissance d’enfants en prison n’est pas un fait nouveau, ni inhérent au Burkina Faso. Cette situation est vécue ailleurs dans le monde, même en Occident. Cependant, les conditions de vie des mères prisonnières au Burkina Faso interpellent.

Le cas de Pascaline Ouédraogo, mère d’un nourrisson de 6 mois, en est un exemple frappant. Cette femme est contrainte de partager sa cellule avec 16 autres détenues et trois enfants. Le bébé de Pascaline, une fillette prénommée Alia et qui a les yeux entourés de cernes, souffre de la fièvre.

“Le bébé dort avec moi. Elle pleure la nuit, elle ne dort pas. Elle est née par césarienne, je n’ai pas de lait. Elle a de la fièvre, je n’ai pas de médicaments, puisqu’elle n’est (officiellement) pas détenue”, déplore Pascaline. Elle dit avoir été arrêtée, jugée et emprisonnée pour “complicité d’un crime commis par (son) mari commerçant” en fuite. Il a quitté le Burkina Faso.
“On ne sait pas où il est. En tout cinq personnes, toute la famille, est en prison ici. Sa maman, sa soeur, son neveu… Personne ne pouvait garder le bébé. Je n’ai pas le choix”, affirme la jeune femme.

Au moment de son incarcération, la fille de Pascaline n‘était âgée que de deux mois. Quatre mois plus tard, elle révèle : ‘‘on ne nous a pas encore auditionnés. Personne ne sait quand on sortira. J’ai deux enfants dehors avec la bonne. Une a quatre ans, le plus grand, sept ans. Je ne sais pas comment ils vivent, ils ne vont pas à l‘école : c’est pas facile pour une mère d‘être ici et ses enfants dehors.”

Tentant de contenir ses larmes tout en parlant d’Alia, Pascaline n’en peut plus : “elle souffre ! Regardez dans quel état elle est ! Elle a de la fièvre, je vais faire comment ?”

Une voisine de cellule de Pascaline parle de sa vie en prison, tout en gardant l’anonymat. Venue tout droit de son village pour la capitale, cette mère d’un enfant de 3 ans s’est retrouvée derrière les barreaux pour avoir eu recours à un avortement illégal. Suite à cela, la prisonnière se retrouve seule, sans le soutien de sa famille, qui lui a tourné le dos.
Les enfants exposés à de nombreux risques traumatisants

“Je n’ai personne à qui donner mon enfant. Il va bientôt avoir l‘âge de l‘école. Ce n’est pas une vie pour lui, mais je ne peux rien faire.’‘, s’alarme-t-elle.

L’administration de la Maco n’a pratiquement rien à apporter à son bébé en termes de soins, à part du paracétamol en cachets. Médicament qui n’est d’ailleurs pas adapté aux nourrissons. Officiellement, les enfants n’existent pas dans le monde carcéral. Ce qui cause un problème de taille, dans la mesure où ces petits êtres ne reçoivent ni bouillie, ni médicaments pédiatriques, pas même de couches.

Une autre Pascaline, Simporé celle-là, en prison pour faux et usage de faux, évoque les risques encourus par les enfants dans la prison. S’insurgeant contre la promiscuité qui règne dans cet univers carcéral, elle se lâche : “le petit garçon de trois ans… les femmes se mettent nues devant lui.’‘

Mais il n’a pas que ça. La liste des difficultés s’allonge.

“Il y a des problèmes d’hygiène, ça pue…”. Aussi, les auteures de crimes et de délits sont “mélangées” en cellules, sans oublier la présence “des malades mentales. Il y a des bagarres. Ce n’est pas un endroit pour les enfants. La dernière fois, j’ai tapé un enfant parce qu’il était en train de jouer avec le robinet. L‘éducation n’est pas facile au milieu de ces femmes.’‘, s’inquiète Simporé.
Pour cette pensionnaire de la Maco, il faut que l’“on trouve une place pour les enfants, que les mères purgent leur peine et qu’elles retrouvent leurs enfants après”. A défaut, il faudra donner à ces enfants “des jouets, du coton, un cadre spécial pour eux…”, puisque “c’est la femme qui est incarcérée, pas le bébé !”.

A la Maco, la surpopulation est une réalité avec laquelle il faut vivre. Jusqu‘à 66 prévenues et condamnées se serrent dans les cellules. Elles s’occupent comme elles peuvent, discutant souvent par petits groupes.

Freeman Tapily est un chanteur de reggae bien connu au Burkina Faso. Promoteur du festival “Un vent de liberté” qui consiste à organiser des concerts en faveur des prisonniers, il est du même avis que Pascaline Simporé : “les bébés qui ne sont pas censés être en prison y sont. La réalité est là.’‘ Il faudrait en tenir compte et adapter la nourriture et les médicaments pour les jeunes mamans, “mais dans la dotation, ça n’existe pas !”

Le chanteur, qui reconnaît la pauvreté alarmante de son pays, apporte un peu de réconfort aux détenus :

‘‘on essaie de soigner, d’aider en apportant de la nourriture, des savons, des médicaments, des draps moustiquaires…” Mais à l’extérieur de la prison, “il y a les mêmes problèmes. Nous sommes un Etat pauvre.”

Le nombre d’enfants vivant dans les prisons du Burkina Faso, pays sahélien comptant parmi les plus pauvres de la planète, est estimé à une trentaine. Dans ce pays, environ 300 femmes croupissent derrière les barreaux.
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