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Etienne Minoungou: «Récréâtrales est un espace du débat social»

Par José Marinho-RFI - 18/09/2014

Etienne Minoungou est à la fois comédien, metteur en scène, dramaturge et directeur des Récréatrales

En huit ans, le Festival des Récréâtrales à Ougadougou au Burkina Faso, est devenu l’un des espaces les plus importants de la création théâtrale en Afrique. Ateliers d’écriture, mise en scène, jeux d’acteurs, il propose dès ce mois de septembre des résidences à une centaine d’artistes du continent. Ils travaillent sur place des spectacles qui seront intégrés à la programmation des Récréatrales qui débute le 25 octobre prochain. Parmi les artistes importants, Dieudonné Niangouna avec sa dernière création M’appel Mohamed Ali ou Nuit blanche à Ougadougou de Serge Aimé Coulibaly. A l’origine de ce festival, Etienne Minoungou.
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    Etienne Minoungou
Etienne Minoungou, bonjour. Est-ce que le festival des Récréâtrales crée ou recrée du théâtre africain?
C’est les deux finalement puisque dans la programmation, vous avez les créations qui sont dans les résidences au Burkina Faso et puis vous avez d’autres spectacles qui viennent compléter la programmation officielle pour composer la plate-forme festival. Et ces créations, ce sont des textes qui ont été repérés dans la saison africaine.

Les résidences ont déjà commencé?
Les résidences ont déjà commencé le 10 septembre à Ouagadougou, c’est à peu près une centaine d’artistes, auteurs, metteurs en scène, scénographes qui sont à pied d’œuvre, dans le quartier où se sont installées les Récréâtrales à Gongué, pour pouvoir offrir au public quelque chose de fort, quelque chose aussi qui est en connexion avec la marche du monde aujourd’hui. C’est finalement un laboratoire de pensée et d’idée qui va prendre la forme de spectacles de théâtre.

Alors ça veut dire que ces créateurs africains mêlent à la fois philosophie de vie, existence humaine et peut-être aussi une Afrique contemporaine?
Oui, on peut aussi observer l’évolution d’une société à travers ses créateurs et le théâtre est véritablement un espace de photographie de la respiration d’une société contemporaine africaine aujourd’hui qui bouge et qui s’exprime. Je revendique le théâtre comme étant une partie du « kit » démocratique, c’est un espace du débat social.

Est-ce que la question de la langue comme outil d’expression théâtral est importante dans votre festival ?
Oui, parce que des auteurs, depuis un certain temps, travaillent avec le moré, comme langue de théâtre, mais aussi le moré comme langue de questionnement parce que le Burkina Faso est à 50% moréphone et je crois que quand les artistes se saisissent de la langue par nécessité, ils vont à la limite de cette langue et ils en font un véritable langage au service de ce qu’ils ont à dire. C’est de ce point de vue que la langue au théâtre et la langue moré-théâtrale devient un élément d’exploration et d’analyse très important pour la création.

C’est un choix aussi parce que la langue est un véhicule d’un imaginaire de compréhension et parfois, utiliser une autre langue c’est peut-être aussi se fermer à des possibilités de monde parce que nous avons partagé le monde avec la langue des autres, c’est bien, c’est une capacité d’adaptation, c’est aussi une manière de survivre [pour] ceux qui ont été vaincus. Mais aujourd’hui, maintenant débarrassés de cette contingence-là, revenir à nos langues pour les explorer, c’est offrir d’autre monde possible comme lecture au reste du monde, à commencer déjà par nos propres enfants.
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Et s’adresser donc à une population locale ?
Absolument car l’avenir du théâtre est toujours dans son environnement local.

Est-ce que le théâtre aujourd’hui est encore sous perfusion?
Que le théâtre soit sous perfusion parce que tout simplement les outils d’accompagnement de la création contemporaine africaine sont des outils qui viennent de l’extérieur, cette réalité-là, elle est triste. Il faut donner aux auteurs, aux artistes, sur le continent, les moyens du continent pour pouvoir s’exprimer, parce que la culture, c’est un enjeu de guerre quand même, entendu dans le sens, où finalement, chaque peuple essaye de pouvoir s’exprimer, de pouvoir exister et donc donner aux artistes africains les moyens,de chez eux, pour travailler, c’est leur donner la possibilité de liberté. Moi j’indexe les ministères de nos pays, il est très important que l’on revienne à la mise en place des outils.

Par exemple, la précédente édition du festival d’Avignon, qui a été dédiée à la création africaine, a-t-elle eu un impact important sur le théâtre en Afrique, en particulier au Burkina Faso?
La plupart des artistes africains qui étaient programmés là-bas sont passés aux Récréâtrales. Dieudonné Niangouna qui présentait « Shéda » est sans doute un des penseurs de théâtre qui ont construit la vie du projet des Récréâtrales, puisque que l’on a un compagnonnage artistique avec Dieudonné Niangouna depuis 2004.

Qui cogne beaucoup avec les mots?
Absolument, parce que pour lui, la scène est un espace de combat. Donc c’est vrai qu’Avignon est une reconnaissance de la vitalité de la création théâtrale sur le continent africain.

Et pourquoi ? Parce qu’ils sont sortis de ce « ghetto de l’africanité»?
L’Afrique a souvent été contingentée dans un ghetto. Sa pauvreté a souvent empêché de l’observer comme étant un continent de la créativité, de l’innovation. Ses préoccupations d’ordre économique, de restructurations, la question de liberté politique ont souvent empêché de regarder l’Afrique comme étant aussi un immense laboratoire de vitalité dont les intuitions peuvent être partagées avec le reste du monde. Je pense que ce sont des artistes très contemporains et c’est ça qui est à retenir.
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